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février 2012

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Venezuela : le peuple en armes

16     04-2010
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Venezuela : le peuple en armes

Il y a eu quelque chose aujourd’hui qui n’a pas de précédent dans l’histoire de l’Amérique latine. Le coup d’Etat réactionnaire du 11 avril, dans laquelle l’oligarchie vénézuélienne, en collaboration avec l’ambassade américaine et la CIA, a renversé le gouvernement élu démocratiquement, a été battu par un soulèvement spontané des masses.

Des hommes et des femmes ordinaires venus dans la rue, risquant leur vie pour défendre la Révolution bolivarienne. Avec aucun parti, aucun leadership et aucune perspectives claires autres que celle de vaincre le coup d’Etat, les travailleurs, les paysans et la jeunesse révolutionnaire, les femmes et les hommes, jeunes et vieux, ont défilés par milliers aux portes du Palais de Miraflores pour exiger la libération du président Chavez. Les soldats sont alors passés aux côtés du peuple, et le coup d’Etat s’est effondré.

Ces événements héroïques ne peuvent être comparé qu’à ceux de Barcelone en Juillet 1936, lorsque les ouvriers, armés de vieux fusils de chasse, et de tout ce qui leur tombait sous la main, ont pris d’assaut la caserne et ont brisé la réaction fasciste. Si certains doutes encore que ce fut une véritable révolution, ils n’ont qu’à étudier les événements d’avril 2002.

Durant les années suivantes, ces événements ont été transformés en une célébration de la Révolution. L’avenue Bolivar dans le centre de Caracas a souvent été une mer de chemises rouges qui agitaient fanions et banderoles. Mais cette année, la scène était tout à fait différente de ce que je me souviens. Au lieu d’une mer de rouge, l’avenue Bolivar était remplie à ras bord d’une mer vert camouflage. Ce fut le jour de la milice populaire - une démonstration de la puissance d’un peuple en armes.

Le long de l’avenue la masse de milliers de miliciens et miliciennes (il y avait aussi beaucoup de femmes en uniforme) semblait ne jamais devoir finir. Une fois de plus on sentait la puissance invincible des masses. Il y avait là des milliers et des milliers de travailleurs des usines, les paysans des villages, et les jeunes enfants des écoles et des collèges, exprimant leur volonté de se battre, armes à la main, pour défendre la révolution contre les ennemis - à la fois internes et externes.

Sous un soleil de plomb, le long de l’avenue des haut-parleurs diffusaient des slogans révolutionnaires : contre l’impérialisme, contre la bourgeoisie, pour la Révolution, pour le socialisme, et pour Chavez : "La droite veut toujours préparer un autre 11 avril, mais maintenant les gens ont des armes ! Vive la Révolution bolivarienne ! Vive le peuple en armes ! Vive le président Chávez !"

Les gens grimpaient aux arbres et aux lampadaires afin d’obtenir une meilleure vue et d’afficher des pancartes avec des slogans militants, tandis que d’autres faisait un profit rapide en vendant chapeaux, tee-shirts et des boissons fraîches (qui étaient très demandés). Il y eut un fracas assourdissant de la musique - des rythmes latino-américains avec des slogans révolutionnaire, interrompu par les chants et les slogans. La milice a été organisée par groupes qui ont montré leurs origines : les jeunes adolescents des écoles et des paysans avec des chapeaux de paille et leurs tracteurs provenant de Bielorussie.

A l’arrière, la milice n’était pas armé, mais dès que l’on approchait de la tête de la manifestation, tout le monde était équipé d’un AK-47 de fabrication russe, cette arme la plus polyvalente, efficace, légère et facile à utiliser. Ces dernières années, Chávez a acheté de grandes quantités de ces armes en provenance de Russie. Washington et les médias à sa solde en ont fait grand bruit, alléguant que ces armes sont destinées à la guérilla des FARC en Colombie. Maintenant tout le monde peut voir à qui elles sont réellement destinées.

Comme ils attendent l’arrivée du président, les milices se repose, ou s’asseyent sur le sol pour manger un sandwich. Certains se repose sur leurs fusils, et un ou deux avaient même la bouche sur leur AK-47 - une pratique un peu risquée, et un sergent instructeur professionnel aurait sans doute une crise cardiaque, en regardant ces demi civils avec des fusils.

Mais cette impression serait tout à fait fausse. Ces milices sont les descendantes de la guérilla cubaine, des milices qui ont combattu Franco dans la guerre civile espagnole, des milices de travailleurs qui ont renversé le tsar en Russie en 1917, et si nous allons encore plus loin dans l’histoire, des armées de la Révolution française et les milices de la Révolution américaine au cours du 18 e siècle.

Aucune de ces forces n’ont été professionnelle et ils ne sont pas conformes aux normes d’une armée permanente bourgeoise professionnel. Mais ils ne se battent pas moins bien pour cela, et dans plus d’un cas (L’Espagne vient à l’esprit) la tentative de les forcer à rentrer dans le format d’une armée professionnelle a des effets très négatifs sur leur esprit combatif.

Tard dans l’après-midi, une ambiance d’espérance à pus être remarquée. La milice commence à former les rangs. La foule sur les trottoirs pousse en avant pour apercevoir leur héros. Chávez apparaît, vêtu en uniforme militaire, à cheval sur le dos d’un véhicule ouvert - un camion de l’armée - saluant la milice et la foule.

Son discours a été plus courte que dans le passé, mais est allé droit au but. Rappelant les événements dramatiques du mois d’avril 2002, il sort une magnifique épée et la montre à la foule. C’est l’épée de Simon Bolivar - El Libertador. Il dit au peuple que la libération de l’Amérique latine n’a pas été atteinte depuis 200 ans et ne peut être atteinte que par la révolution socialiste. Dans le genre de geste dramatique qui lui est propre, il prend devant le peuple un serment sacré : ils ne seront jamais de repos jusqu’à ce que cette tâche ne soit accomplie. Les miliciens répètent les mots à haute voix, tenant leurs fusils en l’air. "La milice est le peuple, et le peuple est la milice".

Puis Chávez raconte les événements d’avril 2002, depuis le coup fasciste du 11 avril jusqu’au soulèvement populaire et militaire du 13 avril. "J’ai beaucoup réfléchi à ce sujet", dit-il. "Depuis les années 1970, certaines personnes ont toujours rêvé d’une révolte populaire armée. Mais il n’a jamais eu lieu. Les années 1980 ont été une période noire qui a pris fin dans le Caracazo de 1989, avec un massacre de civils non armés. "

Chávez a ensuite rappelé comment lui et un groupe d’officiers de l’armée progressistes ont tenté d’organiser une rébellion en 1992 : "Nous avons échoué parce que ce fut un soulèvement militaire sans le peuple", a t-il conclu. Après un passage en prison, il a rappelé la formation d’un mouvement de masse : le mouvement bolivarien, qui a pris le pouvoir avec les élections de 1998. Mais l’oligarchie ne perdit pas de temps pour préparer le coup d’État de 2002.

Chávez a rappelé les hommes et les femmes qui sont morts dans le coup, et de nombreux autres qui ont été blessés. Contrairement au mythe si assidûment propagée par les médias dans l’Ouest sur le régime répressif et dictatorial qui existerait au Venezuela, personne n’est en prison pour ces crimes, et huit ans plus tard, l’enquête judiciaire est toujours en cours :"Qu’il n’y ait pas d’impunité pour ce massacre, comme a été souvent l’impunité pour tant d’autres massacres de notre histoire".

Il a ensuite poursuivi en disant que le sang de ces martyrs de la Révolution a agi comme une incitation à la Révolution. "Immédiatement après le 11 avril ont commencé les arrestations et les chasses à l’homme, les menaces à la télévision et des autres médias. Mais cela a suscité toute la puissance latente accumulée des masses qui avaient été brimées depuis si longtemps", dit-il. "Cela a donné lieu à la plus grande rébellion de notre histoire - le soulèvement populaire que nous avions attendu si longtemps."

"Ce fut un soulèvement contre la bourgeoisie et l’impérialisme. Mais celui-ci avait prévue que cette révolte se réglerait dans le sang, comme cela s’est produit durant le Caracazo. Mais nos soldats, non seulement refusé de tirer sur le peuple, mais se sont placés aux côtés du peuple. La bourgeoisie et les impérialistes ont eu la surprise de leur vie. "

Chávez a souligné que l’impérialisme américain a été activement impliqué dans le coup. Hélicoptères américains et des avions espions ont survolé l’espace aérien vénézuélien, un sous-marin américain et un porte-avions étaient dans les eaux vénézuéliennes attendant d’intervenir. Mais le mouvement des masses les a forcés à se retirer.

Depuis lors, les médias bourgeois ont essayé d’effacer cette date sur le calendrier, mais les masses en ont gardé le souvenir. "Ils ne peuvent pas effacer avril du calendrier, pas plus qu’ils ne peuvent effacer Janvier, Février ou un autre mois."

Chávez a fait observer que, s’ils avaient réussi à écraser la révolution vénézuélienne, il aurait porté un coup dur contre le mouvement révolutionnaire en Amérique latine. "Sur nos épaules une lourde responsabilité incombe", dit-il. "Les peuples d’Amérique latine se tournent vers nous pour leur salut." En admettant que la Révolution était loin d’être terminée et qu’il y avait une quantité colossale de choses à faire, il a fait appel à la patience."Après sa première décennie, la révolution est à peine commencée", dit-il. Chávez alors averti que la menace de la contre-révolution n’avait pas disparu, et qu’il y avait des complots visant à l’assassiner. Il a dit que si cela se produisait : "Ne perdez pas la tête, gardez votre calme. Vous savez ce que vous avez à faire : prendre le pouvoir en main - Toute la puissance ! Exproprier les banques, les industries, les monopoles qui demeurent dans les mains de la bourgeoisie. "

En ce qui concerne les élections de Septembre il a averti : "Nous ne pouvons pas permettre à la bourgeoisie de prendre le contrôle de l’Assemblée nationale. S’ils le font, ils vont l’utiliser pour déstabiliser le pays et créer les conditions pour un autre 11 avril. Nous devons gagner les deux tiers des sièges, afin de persévérer dans notre programme. "

Il a averti la bourgeoisie qu’il n’était pas possible de répéter ce qui s’est passé en avril 2002, parce que les gens sont maintenant armés et écraseront toute tentative contre-révolutionnaire. Il a terminé par ces mots :" Vive la milice nationale ! Vive le peuple en armes ! Vive la révolution socialiste ! Patria, o muerte socialisme !"

Alan Woods - Caracas, 13 avril 2010

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